Message de la Présidente - mars 2011

Par Anne Wade
 
Après avoir assisté à la conférence annuelle de l’Ontario Library Association, j’ai pensé vous communiquer un bref aperçu de mes impressions, quelques séances m’ayant fait réfléchir sur des questions auxquelles notre profession fait face.
 
La séance plénière d’ouverture, Meet the Next Generation, était animée par l’expérimenté Stephen Abram (Vice-Président, Associations stratégiques et Marchés, Gale Cengage Learning).  La formule originale et intéressante présentée par Abram consistait en une douzaine d’élèves de Toronto de 11ème et 12ème année, assis sur une scène, répondant aux questions prédéterminées d’Abram et aux questions spontanées de l’auditoire.  Conçues pour informer et éduquer l’auditoire sur les préférences de cette génération en matière d’utilisation du multimédia et en méthodes de recherche d’information, les questions couvraient un large éventail.  Voici des exemples de questions et de leurs réponses : « Possédez-vous un téléphone cellulaire? »  (Réponse unanime : Oui), « Quel type de téléphone cellulaire possédez-vous? »  (Réponse majoritaire : un Blackberry ou un téléphone coulissant), Quelle importance accordez-vous au choix de la marque? »  (Réponse majoritaire : Pas vraiment important), « Combien de pages ou de fenêtres sont ouvertes sur votre ordinateur pendant que vous travaillez sur un devoir scolaire? »  (Réponse majoritaire : Au moins cinq), « Comment écoutez-vous votre musique? »  (Réponse majoritaire : Avec un lecteur MP3 ou un téléphone cellulaire), « Quelle était la dernière fois où vous avez acheté de la musique? »  (Réponse unanime : Je n’en achète pas), « Quels outils utilisez-vous pour vos recherches? »  (Réponse majoritaire : Google, et si l’information trouvée est insuffisante, une base de donnée), « Évaluez-vous l’information trouvée avant de l’utiliser? »  (Réponse majoritaire : Oui), Utilisez-vous les bibliothèques scolaires et publiques? »  (Réponse majoritaire : Oui), Quels services voulez-vous à votre bibliothèque? »  (Réponse majoritaire : Être informé des événements intéressants), « Utilisez-vous la section jeunes adultes de votre bibliothèque? »  (Réponse majoritaire : Non, les livres de cette section sont trop juvéniles pour moi).  Bien que ce groupe d’élèves ne soit pas exactement représentatif de tous les aspects de la population générale (e.g. la plupart utilise une bibliothèque, la plupart évalue les informations, etc.), la séance a fourni un tableau informatif des habitudes et préférences de la prochaine génération.
 
Une autre séance marquante, Why a National Reading Strategy is Important, était animée par Annie Kidder (People for Education) et Peggy Thomas (Directrice des services bibliothécaires, District Pape/Danforth, Toronto PL).  Donnant suite à deux sommets précédents – le premier tenu à Toronto en 2009 et le deuxième à Montréal au début de 2011 – cette séance informelle sollicitait les idées de l’auditoire sur les façons de vendre le concept de « lecture » aux Canadiens.  Le but global du NRS, l’atteinte d’une « société canadienne de lecteurs », est motivé par la conviction que « la lecture contribue à notre sens du moi, à notre conscience culturelle, à notre capacité d’expression et ultimement à nos notions de citoyen engagé et de bien commun.  Lire, après tout, représente tellement plus qu’un acte technique nous permettant de communiquer, de consommer de l’information et d’exécuter les activités de tous les jours.  Savoir lire et écrire est nécessaire, mais ce n’est pas suffisant » (National Reading Campaign, 2011).  Bien que cette notion soit intéressante, ce qui m’a frappée dans cette déclaration et dans la discussion qu’elle a suscitée pendant la séance, est le manque d’insistance délibéré sur l’importance de la littératie, et le besoin de devenir une société de lecteurs.
 
Le Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) de l’Organisation de Coopération et de Développement économiques (OCDE) évalue, par cycle de trois ans, les compétences de base des élèves de 15 ans de 65 pays industrialisés.  Les derniers résultats en littératie révèlent que les étudiants canadiens ont réussi relativement bien en comparaison avec ceux des autres pays, leur performance moyenne étant dans les résultats supérieurs (OCDE, 2010).  Malgré cela, l’évaluation a aussi révélé que 10% des élèves canadiens ont performé au niveau 2 ou en deçà, le niveau 2 étant considéré « comme un seuil de compétence à partir duquel les élèves commencent à montrer qu’ils possèdent des compétences en compréhension de l’écrit qui leur permettront de participer de manière efficace et productive à la vie de la société.  Les élèves qui ne parviennent pas à se hisser au niveau 2 peinent à localiser des informations dans le respect de plusieurs critères, à faire des comparaisons ou des contrastes autour d’une seule caractéristique, à découvrir le sens d’un passage bien délimité dans un texte lorsque les informations pertinentes n’apparaissent pas d’emblée et à établir des liens entre un texte et leur expérience personnelle. » (OCDE, 2010, p.13)  De plus, un stupéfiant 30% de jeunes canadiens n’ont pas atteint le niveau 3 de la compétence en compréhension de l’écrit.
 
Pourquoi devons-nous nous asseoir et prendre connaissance de ces statistiques?  Parce que la littératie a un impact direct sur les succès académiques des élèves, sur leur bien-être personnel, et sur leurs perspectives d’emplois.  Statistique Canada (Bussière, Cartwright, Knighton, and Rogers, 2004) a utilisé ces données et a évalué qu’une amélioration d’un pourcent  du taux de littératie des Canadiens amènerait une croissance durable du produit intérieur brut de 18,4 milliards de dollars annuellement.  Ainsi, une société sachant lire et écrire est économiquement et socialement prospère.  Oui, une stratégie nationale de lecture est une initiative digne d’intérêt, mais décrire une compétence fondamentale telle que la littératie comme un « acte technique » nuit à la cause.  Selon moi, la passion de la lecture et la compétence de la lecture doivent aller ensemble.
 
Références
 
Bussière, P., Cartwright, F., Knighton, T., & Rogers, T. (2004). Measuring up: Canadian results of the OECD PISA study. The performance of Canada's youth in mathematics, reading, science and problem solving: 2003 first findings for Canadians aged 15 (No.81-590-XPE — No. 2). Retrieved from Statistics Canada website: http://www.statcan.gc.ca/pub/81-590-x/81-590-x2004001-eng.pdf
 
National Reading Campaign. (2011). Why do we need a national reading campaign? Retrieved on February 14, 2011 from http://nationalreadingcampaign.ca/about/
 
Organization for Economic Co-Operation and Development. (2010). PISA 2009: Science competencies for tomorrow's world. Paris: OECD Publications.
Organisation de Coopération et de Développement économiques (OCDE) Résultats du PISA 2009 : Savoirs et savoir-faire des élèves : Performance des élèves en compréhension de l'écrit, en mathématiques et en sciences (Volume I)Résumé en français. Consulté le 20 février 2011 à l’adresse : http://www.oecd.org/dataoecd/2/53/46752594.pdf